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Frédéric Delporte

L’Oisans est une vallée à l’Est de Grenoble qui correspond au bassin hydrologique de la Romanche.

Les cristalliers en Oisans avant le XVIIIème siècle

Une des rares allusions à l’exploitation du cristal de roche en Oisans provient du compte rendu de la troisième visite pastorale de Monseigneur Camus, évêque de Grenoble, daté du 25 juillet 1678. Il remarque que le curé de « Clavat », actuellement Clavans, « se méloit de négoce des mines dans les montagnes du Mont de Lans et de Saint Christophe ». L’évêque blâma plus que sévèrement le curé pour son affairisme.

En 1681, le receveur des Fermes du Roi et douane de Valence et de Lyon, installé à Besses, nous indique que des cristaux étaient vendus à Genève. Au cours d’une perquisition dans une maison à Clavans d’en bas, il découvre une reconnaissance de dette entre deux contrebandiers, « pour du cristail qu’il a pris de luy et porté à Genève tous deux ensemble ».

Entre autres anecdotes, une plainte est déposée le 17 mars 1740 par le curé du Freney, Jean Blanc, intéressé au commerce du cristal de roche. Il avait ouvert une « fosse pour en tirer du cristail dans l’endroit appelé la Loze ». Selon le droit coutumier local, il en a donc la possession, tout au moins le droit d’en récolter les « fruits », le fond étant communal ou seigneurial. Or, un autre groupe de personnes exploitait à quelques mètres, un filon de quartz parallèle. Suite à une importante découverte au fond de la « fosse » du Curé, ceux-ci firent faire des travaux perpendiculairement à leur filon afin d’atteindre par le fond la « poche » exploitée par la curé. D’après le curé « cinquante quintaux de cristail » auraient été prélevés illégalement. Une rixe survient entre les ouvriers et exploitants des deux fosses. Une enquête est lancée, avec le recueil de nombreux témoignages de part et d’autre, et de personnes tiers présentes lors des évènements. Il semblerait que le curé ait eu gain de cause selon les maigres archives historiques disponibles…

Une des plus anciennes activités connues au fameux gîte de la Gardette date de 1717, des cristalliers cherchant des cristaux de quartz pour les porter aux tailleries du Genevois découvrent avec le quartz des « pierres jaunes ». Des échantillons sont amenés à Grenoble, et, après essai de fonte, l’or est signalé pour la première fois.

Des fouilles officielles suite à cette découverte sont effectuées vers 1729/33. Celles-ci étant peu fructueuses resteront sans suite. Les cristalliers continuent à exploiter le gisement pour les cristaux de quartz et ainsi alimenter le commerce de cette matière première pour les tailleries.

Cristalliers et collectionneurs à la fin du XVIIIème siècle

La collection de spécimens minéralogiques apparaît en cette deuxième partie du XVIIIème siècle. Elle est issue du développement des collections d’Histoire Naturelle, elles même issues des cabinets de curiosités, chambres des merveilles ou au Trésor des XVIème et XVIIème siècle. La collection d’objets minéralogiques est en ces temps avant tout une affaire de collectionneurs privés, et ceux-ci dès les premiers temps sont prêts à débourser des sommes importantes pour s’approvisionner, créant une forte demande.

En Oisans, c’est le double phénomène d’exploitations et de recherches minières d’une part et l’incroyable engouement pour la collection des spécimens minéralogiques d’autre part qui va générer le développement des prospections minéralogiques de ce dernier quart du XVIIIème siècle.

Les prospecteurs poursuivent bien sûr leurs recherches pour les cristaux de quartz destinés aux tailleries, mais ils sont maintenant également motivés par la possibilité de découvertes de riches gîtes métallifères (comme aux Chalanches), et surtout par la possibilité de trouver des spécimens minéralogiques, qui se vendent à l’époque très facilement pour des sommes extrêmement importantes. Ce dernier travail est alors bien plus rémunérateur et moins pénible que l’exploitation des cristaux pour les tailleries, nécessitant des volumes importants de cristaux limpides.

Un important commerce se crée à partir de l’Oisans pour approvisionner toute l’Europe, jusqu’à la Russie, et même le nouveau monde…

Quelques extraits de courriers nous illustrent les motivations et exigences des collectionneurs de l’époque :

Lettre du 18 octobre 1780 de Leschevin à ?, en possession du Père Ducros : « Je suis bien sensible à l’attention du Père Ducros, faites lui agréer mes très sincères remerciements pour les morceaux de Vizile et d’Alvard qu’il me destine, mais priés le très instamment de ne m’envoyer que du très beau, 60 morceaux de Vizile me paraisse bien considérable pour être de la même mine, priez le de ne m’envoyer que les plus beau morceaux de ces soixante, c’est à dire ceux chargés de cristaux bien conservés, de pyrite cubique, et de fer sphatique. Pour les morceaux ordinaires, je les ai, on les trouve dans tous les cabinets en grande quantité. Je ne connais pas les mines d’Allevard et il me fera grand plaisir de m’en envoyer quelques beaux morceaux, mais encore une fois, mon cher ami, j’aime mieux un très beau morceau que cinq cents médiocres, je vous dirai d’ailleurs que mon cabinet est trop beau pour y admettre du médiocre ».

Lettre de Leschevin 1781 : « Si les morceaux de shorl vert sont bien conservés, j’en serai enchanté, car je n’ai rien de beau en ce genre, tous mes morceaux sont mutilés, il n’y a pas une seule pointe de conservé, chez Sage et de l’Isle au contraire, il n’en manque pas une, il y a des filets comme des aiguilles et de la plus belle conservation, aussi sont ils bien fiers ».

Lettre de Leschevin à Ducros du 20 juin 1782, évoquant M. de Barral : « il ne m’a pas caché la misère ou vous étiez par le nombre d’apprentis en histoire naturelle, et par l’avidité de petits marchands qui achètent à tout prix pour vous apporter, mais ils en seront bientôt dégoutés car ils s’y ruinent, personne ne veut des drogues qu’ils apportent et plusieurs y ont déjà renoncé ».

Lettre de Jurine du 22 mars 1786 : « […] notre proximité de Grenoble ne m’avait mis à même d’être pourvu de tout ce qui y a été découvert jusqu’à présent, par vos brocanteurs. »

Lettre de Leschevin, non daté : « je vous prie instamment de ne m‘envoyer que du très beau ou rien, car le médiocre se trouve à tous les instants, et nous le jetons hors de notre cabinet. […] j’espère que vous trouverez du véritablement beau, ce que grâce à vos soins pour l’emballage, je recevrez vos biens faits en bon état […] ».

Les cristalliers, une tradition et un patrimoine à préserver ?

La tradition de collecte par les cristalliers, comme à la Gardette, s’est maintenue tant bien que mal jusqu’à ces dernières années, mais dans une moindre mesure que pour des sites d’intérêts minéralogiques similaires en Suisse, Italie ou Autriche par exemple.

Dans ces pays, les cristalliers sont considérés comme du « patrimoine vivant », gardien d’une longue tradition montagnarde, et sont accompagnés par les pouvoirs publics dans leurs activités.

Les découvertes modernes permettent la mise en place de nombreuses expositions et la présentation au grand public des merveilles minéralogiques de l’Oisans et du massif du Mont-Blanc.

En 1995 lors de l’exposition « Les minéraux de France » au Museum à Paris, de nombreux collecteurs et collectionneurs de minéraux avaient prêté leurs plus belles ou plus rares pièces.

Les nouvelles découvertes permettent également la réalisation de multiples publications scientifiques et de vulgarisations dans divers livres ou revues.

L’activité de cristallier est une tradition pluriséculaire dans les Alpes, une des rares activités typiques des populations montagnardes, une des dernières à subsister aussi.

Cette activité a pu permettre la préservation d’un important patrimoine minéralogique pour le plus grand bien de la collectivité.

Puisse cette culture qui est à l’origine de tant de sites célèbres se perpétuer…

Car que serait ces sites remarquables sans ceux qui en ont fait l’Histoire ?

Le cristallier

Dans les failles du dur rocher
J’extrais des cristaux de lumière
Dabs la paroi raide et sévère
Je cherche les « fours » haut perchés
Pour un salaire de misère
Au risque de me dérocher
Je fouille la montagne altière
Je suis le libre cristallier

Roger Canac


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