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La dispersion de la collection minéralogique de
l’Académie des Sciences Naturelles de Philadelphie (USA).
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L’Académie des Sciences Naturelles de Philadelphie (USA) a été fondée en 1812 par un petit groupe local de passionnés de nature incluant John Speakman, un apothicaire quaker. Ceci dans le but de promouvoir la connaissance scientifique auprès de la population, d’encourager l’étude de la nature, et pour « occuper leur temps dans l’intérêt à la mode pour la nature ». C’est une des plus anciennes institutions des USA. Celle-ci a, dès son origine, développé une collection minéralogique, à partir de donations, d’achats, d’échanges et même d’expéditions de collecte.

Cette collection fut commencée en un temps où des objets tels que les minéraux avaient un intérêt pour la communauté scientifique, la minéralogique américaine était alors balbutiante.

La première réunion de l’Académie s'est tenue dans le magasin d’apothicaire de Speakman. William Maclure, un marchand et géologue itinérant écossais, également connu pour son travail sur la géologie de l’Est des USA, a été élu président en 1817. Outre des contributions à son financement, il a offert à l’Académie 1 500 ouvrages sur l’Histoire Naturelle, les voyages et l’Art, ainsi que des spécimens géologiques et minéralogiques. L’Académie a été ouverte au public en 1828.

Le premier minéralogiste formé aux USA fut Adam Seybert, diplômé de l’Ecole de Médecine de l’Université de Pennsylvanie en 1794. Il étudia en Europe et, à son retour, il continua à construire sa collection qui atteignit 1 725 spécimens. Sa collection fut achetée par John Speakman qui anticipait l’établissement de l’Académie des Sciences Naturelles de Philadelphie, et ce fut l’une des toutes premières collections acquises par celle-ci.

Dans les années 1800, il y eut dans les classes aisées la mode de s’intéresser à la nature, et de former des collections pour les présenter à son domicile. C'est essentiellement ce qui conduisit à l’établissement de l’Académie. D’importantes collections de minéralogie, géologie, paléontologie, botanique et zoologie furent assemblées grâce aux dons de riches membres. De nombreuses expéditions pour découvrir « l’Est sauvage » furent organisées, ramenant de nouvelles espèces de plantes et d’animaux destinés être étudiées et cataloguées.

La collection minéralogique de l’Académie grossit rapidement grâce à de nombreux contributeurs et la liste complète de ceux-ci se lit comme un who’s who de l’élite de la communauté scientifique des USA.

Parmi les derniers donateurs figurent le Dr Hugh Ford, minéralogiste, et le Dr Richard Gaines, auteur d’une des éditions actualisées du Dana’s System of Mineralogy.

Vers 1817, la collection de l’Académie comprend de 4 à 5.000 spécimens, et au milieu du XVIIIème siècle, l’Académie est considérée comme étant la mieux équipée des institutions des USA pour l’étude de la minéralogie et des autres Sciences Naturelles. Vers 1909, la collection a grandi et atteint environ 30.000 spécimens.

Parmi les soutiens les plus notables de l’Académie, William Sansom Vaux (1811-1882). Vaux développa une très importante collection de qualité durant plusieurs décennies au cours du XVIIIème siècle, il fera de nombreux dons tout au long de sa vie à l’Académie, et à sa mort, sa collection de 6.400 spécimens fut donnée à l’Académie.

Un autre personnage eut un rôle crucial dans l’histoire de la collection minéralogique de l’Académie, Samuel G. Gordon. Gordon devint un des plus éminents minéralogistes américains, auteur de très nombreux articles de minéralogie descriptive et de cristallographie, fondateur de la revue « American Mineralogiste » en 1916, découvreur de neuf nouvelles espèces minérales, et directeur pendant trente ans de la collection minéralogique de l’Académie.

Gordon fut un prospecteur très actif, en 1921, il commença une série d’expédition pour collecter des spécimens minéralogiques. Il visita les Andes (Equateur, Bolivie, Chili et Pérou), découvrant la vauxite et paravauxite, en 1923 le Groenland, en 1925 la Bolivie, le Chili, divers autres lieux en Amérique du Sud, puis l’Afrique et notamment Tsumeb, où il put avoir accès aux travaux miniers et découvrir une des plus fantastiques « poches » à azurite de tous les temps, avec des cristaux de 15 cm de hauteur pour 7,5 de large, de belle couleur qui plus est ! Vers la fin des années 1920, il visite le Chili, puis de nouveau dans les années 1930, il fera également de nombreuses expéditions un peu partout aux USA.

Gordon fut aidé dès la première expédition dans les Andes par George Vaux Jr, neveu de William S. Vaux, lui aussi ardant collectionneur de spécimens minéralogiques.

Une partie des spécimens découverts allaient à l’Académie, les autres étaient donnés aux sponsors (et donc surtout à George Vaux Jr), voire étaient vendus pour financer les expéditions.

Dans les années 1930, Gordon achève d’importants travaux pour l’exposition permanente d’une partie de la collection minéralogique de l’Académie, incluant un espace pour les spécimens, un espace pour les minéraux fluorescents, un espace pour les minéraux de Pennsylvanie, le tout avec de nombreux panneaux explicatifs.

Gordon travaille énormément à cultiver l’intérêt de l’Académie pour la minéralogie. De nombreux bénévoles l’aide tout au long de ces années.

Pendant la seconde guerre mondiale, Gordon aide son pays en collaborant avec l’industrie du quartz piézo-électrique.

Après celle-ci, rien n’est comme auparavant, les temps ont changé…

L’intérêt du public n’est plus à la minéralogie, et l’Académie se tourne de plus en plus vers l‘étude du vivant. Gordon quitte l’Académie en 1948, il décédera quelques années plus tard en 1952.

Il n’y eut plus alors de directeur pour la collection minéralogique de l’Académie, excepté pendant cinq ans à la fin des années 1970. La collection minéralogique a été laissée sans soins, fut détériorée et devint dépassée par absence de nouvelles acquisitions. La collection fut retirée de l’exposition permanente visible par le public pour être reléguée et stockée dans un local.

La vente de la collection minéralogique de l’Académie

En octobre 2006, l'essentiel de la collection minéralogique de l’Académie des Sciences Naturelles de Philadelphie, environ 19.000 spécimens, fut vendu à un consortium de trois négociants en minéraux, à savoir Kristalle (Laguna Beach, Californie), Crystal Classics (Somerset, Grande-Bretagne) et The Collector’s Edge (Golden, Colorado). La vente ne comprend pas certains spécimens : la suite Vaux donnée après sa mort, la donation interdisant toute « sortie » de l’Académie. Ceci n’est pas le cas des spécimens donnés de son vivant qui ont pu être vendu. La collection Seybert, une des plus anciennes collections entrées à l’Académie, comprenant de nombreux spécimens pré 1800, est gardée. Divers types minéralogiques sont donnés à d’autres institutions.

Pourquoi l’Académie des Sciences Naturelles de Philadelphie a t-elle vendu sa collection minéralogique ?

L’Académie, comme beaucoup d’institutions ou de musées, a des moyens financiers limités, or une collection minéralogique est extrêmement coûteuse à entretenir et développer. De plus et principalement, l’Académie s’est focalisée depuis la seconde guerre mondiale sur les Sciences du vivant (biologie, écologie,…). Elle ne s’occupe plus de Sciences de la Terre, et encore moins de minéralogie, considérée comme une Science « morte », qui n’a de toute façon plus -ou si peu- besoin des « objets » minéralogiques. Le temps de « l’Histoire Naturelle minéralogique » est révolue pour l’Académie.

Logiquement, l’Académie a décidé de vendre ce qui était possible de sa collection minéralogique et d’utiliser l’argent obtenu pour soutenir les collections qui supportent des programmes de recherche scientifique. L’argent obtenu servira également au développement de la bibliothèque Ewell Sale Stewart de l‘Académie, une des plus importantes bibliothèques d’Histoire Naturelle au monde.

Dans un monde idéal, toute la collection minéralogique de l’Académie serait allée à une autre institution ou à un musée. Pendant cinq ans, l’Académie a recherché en vain cet acquéreur, mais très peu de musées ont les fonds pour un tel achat, et également de la place pour le stocker et l’exposer. D’autres institutions ou musées ont également eux-mêmes beaucoup d’objets en réserve, et croulent sous leur poids, au sens figuré, et parfois au sens propre.

Qu’est devenue la collection ?

La collection a été divisée en « suite » par origine géographique. Environ 8.000 spécimens de la collection de l’Académie ont été cédés à des musées ou institutions :

· La suite de spécimens de Pennsylvanie, la plus importante, avec 426 flats*, est allée au Carnegie Museum à Pittsburgh ;
· La suite de spécimens du New Jersey est allée au Franklin Mineral Museum et au Sterling Hill Mining Museum ;
· La suite de spécimens de New York est allée au New York State Museum ;
· La suite italienne est maintenant au Museo di Storia Naturale à Milan ;
· La plupart des gemmes ont enrichi la collection du Gemological Institute of American (GIA) ;
· La suite norvégienne est allée au Kongsberg Museum ;
· La suite composée des météorites a été vendue en un lot ;
· Etc.

Les suites n’ont été proposées au public qu’après avoir été en premier montrées et proposées à des institutions.

La suite française a été cédée en un tout à un collectionneur français.

Collections et trous noirs…

Un éditorial de la revue de référence The Mineralogical Record, rédigé par Wendell E. Wilson, traite la question de la vente de la collection minéralogique de l’Académie des Sciences Naturelles de Philadelphie. Si la dispersion de cette collection historique majeure est vivement regrettée, Wilson conclut en la nécessité d’une telle opération. Puisque l’Académie, logiquement de part son orientation actuelle, ne s’intéressera plus à la minéralogie. Puisque aucune autre institution ou musée n’a souhaité reprendre la collection, la dispersion par « suite » permettra in fine la réapparition des spécimens au grand jour.

Répondant aux objections de certains concernant la vente et dispersion de la collection, avançant que de très nombreux spécimens allaient être achetés par des collectionneurs privés et alors disparaître de la vue du public, Wilson rappelle fermement que c’est l’acquisition par l’Académie des spécimens qui a plongé ceux-ci dans un « trou noir », hors de la vu du public. Pour de nombreux spécimens, si cela n’est la majorité, cette disparition a duré bien plus d’un siècle. Wilson conclut que la vente et dispersion est un moyen de libérer les spécimens de leur « ignominieux donjon ».

Les spécimens « libérés » pourront alors rejoindre des collections publiques ou privées où ils compéteront des séries « régionales », présentables au public car alors logiquement localisés : la suite italienne à Milan, la suite Norvégienne à Kongsberg, etc.

Les spécimens seront disponibles pour des expositions, rédiger des publications, illustrer articles et livres, etc.

Wilson ajoute que bien qu’entre des mains privées, les spécimens « pourront être vus et bénéficier à bien plus de monde que lorsqu’ils étaient à l’Académie ». Et il complète « dans un certain sens, c’est le moment pour une grande célébration, car de prodigieux spécimens sont retournés à la lumière, et nous ne pouvons tous que participer à la fête de leur retour ».

Notes :

* Le flat est une unité de mesure minéralogique, correspondant en un « carton » de taille bien spécifique.

Bibliographie sommaire :

Mineralogical Record, Nov-Dec 1973 à Mar-April 1975.

Wilson, Wendell E. (2007), Mineralogical Record, Biographical Archive (www.mineralogicalrecord.com).

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